J’ai voulu profiter de ce travail de fin d’étude, de ce mémoire, comme d’un élargissement de l’espace de réflexion accordé habituellement à un projet au cours des études, pour pouvoir aborder, de manière personnelle, des échelles de conceptions et des problématiques qui m’étaient en quelque sorte encore étrangères.
Aussi, d’une réalisation pouvant être traitée de manière très pragmatique ou très classique, j’ai petit à petit envisagé cet espace, offert par le mémoire, comme la mise en place possible d’un outil théorique, un outil de conception me permettant de donner une autre ampleur à ce projet.
La base du travail que je vous présente ici tient de la mise en relation entre un réseau, les voies navigables ou plus précisément une partie de ce réseau : un projet d’échelle navigable, tel que le conçoit G.Dussouy, traversant l’Europe d’Est en Ouest, et un lieu mobile, afin d’établir un territoire culturel répondant aux problématiques européennes de citoyenneté, de démocratisation culturelle, de dialogue social et interculturel. Etablir ainsi la mise en relation des différents acteurs et domaines que touche le projet.
L’idée d’un lieu culturel mobile européen touche à mon sens des questions très vastes, qu’il m’a parut important d’aborder.
Quatre grandes thématiques se sont donc dessinées assez naturellement : l’Europe et sa mise en forme et son fonctionnement, la dimension culturelle de l’Europe, les notions autour du lieu et du réseau et, dans la volonté d’un embrassement théorique relativement complet du contexte dans lequel s’inscrit le projet, l’approche d’une certaine « culture électronique » qui nous touche tous plus ou moins.
Il y avait deux chemins possibles pour le travail de fin d’étude, la voie projective et la voie de recherche théorique. J’ai choisi l’entre-deux ou les deux.
J’ai considéré en effet qu’il était intéressant d’utiliser le mémoire comme un espace possible de discussion, d’échange et de développement des virtualités du projet. Développer la dimension d’outil ou de processus en proposant de confronter différents regards quant aux observations théoriques et concrètes effectuées à travers les grandes thématiques.
Le problème étant l’appréhension de champs d’investigation aussi vastes, je propose une base de réflexion à considérer en tant que plateforme évolutive et ouverte aux différents acteurs qui pourraient prendre part au projet. Pour ce faire, j’ai entamé une série d’entretiens auprès de théoriciens ou de praticiens engagés dans des démarches en relation avec les thématiques du projet.
Le présent travail est donc une fixation à un instant T de ce processus. C’est la forme que j’ai définie pour pouvoir approcher les différentes réalités des domaines envisagés, dans un temps donné qu’est celui du mémoire. La forme d’un « objet intermédiaire » au sens de H.Cracowitz, provoque un aller-retour entre le lecteur et moi, ce qui permet de donner corps à une dimension critique et utopique.
On touche ici le cœur de mon travail.
Le projet vise à correspondre à une notion de « territoire intermédiaire ». L’envie de saisir tous les enjeux d’un contexte très large et, dans le même mouvement, de questionner la possibilité réelle de ce lieu, situe ce territoire intermédiaire comme terrain d’expérimentation et de projection.
Le territoire intermédiaire est l’espace entre l’espace conceptuel et le territoire concret, espace dans lequel interagissent.les différents acteurs.
Il est une tentative de mise en forme d’un processus de relations.
J’ai eu comme base de réflexion le travail sur les « espaces intermédiaires », abordé par exemple par les artistes contemporains de l’ « esthétique relationnelle » (N.Bourriaud), un « espace », entre l’œuvre et le spectateur, où se situent les jeux de références et les échanges. Les relations construites par de tels dispositifs conceptuels traduisent une dimension présente dans nombre de systèmes actuels, celles des interactions, des hybridations, et des modes de pensée en réseau, inhérent au fonctionnement de la société contemporaine.
J’ai choisi d’appliquer ce processus: des domaines individuels au grand collectif, du local au grand territoire.
Pour mettre en forme ce territoire intermédiaire, et le constituer en tant qu’outil de conception architecturale, nous rechercherons les points de chevauchements entre les différents domaines abordés, les limites variables, pour établir le terrain d’expérimentation applicable à ces échelles nouvelles.
Une fois établis les différents domaines d’application du projet de lieu mobile, la construction du territoire intermédiaire, et aussi du mémoire, s’effectue dans la mise en relation des ces domaines par une série de questionnements.
Il ne m’a donc pas semblé juste d’essayer de figer des réponses aux grandes thématiques, mais plutôt d’essayer de saisir ces marges de ce territoire dans des paradoxes, sur lesquels le débat et les interactions restent ouverts. À mon sens, le temps de ce mémoire est le « temps des questions » (G.Pesce) et celui des propositions autour desquelles on peut échanger, plus que celui des réponses théoriques partielles, l’étendue de mes connaissances sur les vastes sujets abordés étant limités.
C’est pourquoi les différentes parties qui forment ce travail se concluent sur des questions. Les illustrations mises en relation avec le texte forment des ensembles tentant d’exprimer ces dimensions intermédiaires et de faire partager plus simplement cette notion assez complexe.
Le territoire intermédiaire, comme espace de réflexion, de compréhension et d’échange est apte à offrir une dimension utopique et critique au projet, qui permettra d’envisager des propositions architecturales comme autant de processus à définir par les relations qu’elles mettent en place : une « utopie relative », relative aux différents acteurs investis dans le projet.
Je vous propose donc de « naviguer », ou plutôt de dériver le long des liens formés entre les informations, les réflexions et les observations qui permettent d’entrevoir un espace entre théorie et concret, propice à saisir la complexité du contexte européen actuel et de nourrir le projet.Vous pouvez circulez à l’intérieur de ce travail sans être obligé d’en saisir tous les détails, j’espère juste transmettre le plaisir que j’ai eu, moi, à circuler autour de cette notion et dans les possibilités qu’elle me semblait ouvrir pour le projet.
Merci et bonne lecture.
